Newsletter #5 : Pérou, dernière étape!

Le 1er septembre marqua mon entrée sur le sol péruvien. Sans aucun doute le passage frontière le plus détendu que j’ai connu de toute ma vie de voyageur ! Une dizaine de minutes a suffit pour dire mes adieux à l’Équateur et pénétrer dans le dernier pays du périple, au royaume des incas.

Mais que ces derniers kilomètres équatoriens furent difficiles! Sans doute les plus difficiles du périple avec des routes non goudronnées, de nombreuses montées, courtes mais très pentues et une chaleur suffocante due à la faible altitude. L’Équateur m’aura donné jusqu’à ses derniers mètres du fil à retordre!

frontière pérou.jpgAucun autre panneau à la frontière que ce panneau publicitaire pour immortaliser mon entrée au Pérou !

Que je le dise tout de suite: les 1100 kilomètres parcourus au Pérou en deux semaines furent du pur plaisir et sans doute ma meilleure séquence cycliste de l’intégralité de mon périple. La traversée de la frontière, pourtant une simple petite rivière sans grande prétention, entraîna un changement brutal de décor : les vertes montagnes équatoriennes ont alors laissé place à des vallées arides et désertiques, où les cactus font leur apparition pour la première fois du voyage ! Dans cet environnement pourtant hostile, les cultures sont nombreuses en vallée grâce à l’irrigation provenant des grandes rivières descendant des sommets enneigés andins : arbres fruitiers, rizières, cacao et café.

Cette belle séquence en basse altitude (moins de 1500 m) a été suivie ensuite d’une épique traversée à travers les canyons d’Utcubamba et du Marañon qui présentent de somptueux sites naturels, tels que la cascade de Gocta (700 mètres de chute, la 3ème plus haute du monde) et le site archéologique chachapoyas de Kuelap (photos disponibles sur le site). Un trafic routier presque inexistant, une chaussée étroite bordée de précipices et des zones peu habitées ont sans aucun doute ajouté une touche homérique à cette belle traversée.

IMG_20180909_114545.jpgLe canyon du Marañon, coincé entre des sommets de plus de 3000 mètres d’altitude est une vraie fournaise pour l’humble cyclo voyageur que je suis!

Comme souvent en voyage, et à vélo sans doute encore davantage, les hauts et les bas s’enchaînent rapidement. Alors que je passais une journée difficile dans la fournaise du canyon Marañon (40 degrés, une montée de 45 kilomètres m’attendaient, pas de point d’eau répertorié avant quelques heures), j’ai fait la rencontre de Manuel, un jeune paysan qui habite les lieux. Installé depuis peu dans cette zone pour le moins peu accueillante malgré un sublime décor, il est en train de créer une véritable oasis en plein désert pour cultiver des fruits tropicaux. L’eau provient d’une grotte dans les hauteurs de sa propriété, qui, il ne sait pas par quel miracle, suinte de l’eau fraîche pour irriguer ses arbres fruitiers. Cette grotte, en plus de fournir ce liquide essentiel, présente également un réel intérêt géologique et culturel avec la présence de stalactites et de reste de poteries anciennes. En parlant de mon projet, il me propose alors de m’amener sur les lieux et de cartographier la zone afin de la rendre plus « visible ». Son objectif est de développer, à terme, en plus de ses cultures fruitières, une petite activité de guide touristique, afin de partager cette découverte et bien sûr trouver d’autres sources de revenus. Cette expérience improvisée de cartographie avec Manuel est un bon exemple de comment, par le biais de la cartographie libre et participative, il est possible de mettre en avant des projets ou des personnes qui manquent souvent de visibilité (Manuel n’a ni  accès à l’électricité, ni à internet depuis sa maison).

IMG_20180909_154332.jpgManuel et sa sœur Shirley, heureux de me montrer le site qu’il a appelé « Aguas del Inca ».

La suite du parcours pour atteindre la côte Pacifique du Nord du Pérou fut un véritable contre-la-montre. L’objectif était en effet d’atteindre Lima à temps pour prendre mon avion pour Buenos Aires le 20 septembre (voir fin de l’article). Un contre-la-montre que j’ai pu partager avec deux autres cyclo voyageurs australiens, Tracey et Stefano, effectuant une traversée des Andes également pendant 6 mois! Un vrai plaisir de passer ma dernière semaine à vélo en leur compagnie et me faire partager leurs nombreuses expériences cyclistes à travers le monde.

L’arrivée à Huanchaco, le 17 septembre dernier, sonna la fin de mon périple à vélo de 5130 kilomètres à travers les Andes! Mes deux dernières journées, de nouveau en solitaire, ne furent néanmoins pas de tout repos : passage le plus élevé du voyage à 4200 mètres d’altitude, un orage de grêle, et des chiens errants s’attaquant à ma monture (heureusement sans incident). Mais ces péripéties de fin de parcours m’ont bien confirmé que dans les Andes, rien n’est jamais gagné ! Ici, chaque kilomètre se gagne durement et se mérite… Mais quel récompense au final!

IMG_20180917_205327.jpgGrande émotion en arrivant sur la côte Pacifique pour finir cette merveilleuse épopée!

Deux rencontres OpenStreetMap ce mois ci :

La première rencontre OpenStreetMap n’était pas programmée. C’est en effet le hasard de mon parcours qui m’a amené à connaître Juan José, un jeune entrepreneur dans le secteur hôtelier à Nuevo Tingo dans le Nord du Pérou. Ce petit village d’un millier d’âme est en plein essor suite à la construction du premier téléphérique péruvien l’année dernière qui permet d’atteindre les ruines Chachapoyas de Kuelap.  Juan José, conscient des enjeux que peuvent représenter l’arrivée d’un telle infrastructure (l’objectif des investisseurs est de convertir le lieu, à terme, comme le « Macchu picchu » du Nord du Pérou, pour le moment beaucoup moins développé que le Sud du pays), a décidé en compagnie de deux autres amis de créer un site internet recensant les sites touristiques à visiter, les lieux d’hébergement et de restauration de Nuevo Tingo. Il a tout d’abord constaté, impuissant, que les cartes de Google Maps n’affichaient que très peu d’informations et, quand celles ci existaient, étaient souvent erronées. Après plusieurs recherches, il a découvert OpenStreetMap et a commencé à cartographier plus précisément son village. Mon arrivée tomba à pic pour ce petit groupe : ils avaient pour projet de créer une carte interactive pour le site internet, je leur ai alors montré les possibilités qu’offraient Umap, un des outils de cartographie web d’OpenStreetMap. De plus, ils voulaient investir dans une caméra 360° pour ajouter des photos à Google Street View… Je leur ai évidemment parlé de Mapillary! En leur compagnie, mais sans la caméra 360° qu’ils n’ont pas encore, nous avons commencé à « balayer » les rues de Nuevo Tingo afin de les « carto photographier » sur mapillary. Le but d’une cartographie exhaustive de Nuevo Tingo a deux objectifs : le premier est de pouvoir montrer tous les attraits touristiques de la région. Le deuxième, celui qui m’intéressait davantage, est de pouvoir donner un outil supplémentaire à la  ville afin de gérer d’une meilleure manière la croissance future de cette localité. 

nuevotingo.JPG« Balayage » des rues de Nuev Tingo sur Mapillary (site Nomad Maps)

Autre rencontre, dans la capitale péruvienne cette fois, à Lima, avec trois des fondateurs de la communauté OpenStreetMap Pérou. Autour de quelques verres, Johnatan, Omar et Alfonso m’ont parlé de leurs activités en cours et de leurs projets. En août dernier, ils ont appuyé une mission humanitaire dans la région de los Yauyos, une région très pauvre de la montagne péruvienne qui a fait face cet hiver de très basses températures. Johanatan Ripure a accompagné cette mission afin de cartographier les chemins parcourus sur OSM et Mapillary. L’année dernière l’association OpenStreetMap Pérou s’était lancée le gros défi d’organiser le SOTM Latam 2017. Un gros défi qui a donné lieu à 4 jours de rencontres et ateliers entre les communautés OSM latino américaines, un vrai succès. Enfin, association organise également régulièrement des mapathons dans la capitale, comme par exemple le dernier en date, qui était dirigé à cartographier des routes de Tanzanie pour une association qui lutte contre l’excision.

IMG_20180920_221919.jpgL’équipe fondatrice de l’association Open Street Map Pérou dans un bar du centre de Lima.

Contributions OSM et Mapillary:

Pour ce qui est des traditionnels chiffres du mois, plus de 35 000 images ont été ajouté à la base mapillary, couvrant environ 900 kilomètres de routes péruviennes (86% du trajet) ! Sur OpenStreetMap, ce sont plus de 2000 objets qui ont été cartographiés, portant à 10 000 éléments cartographiés depuis le début l’expédition !

mapillary.jpgLe «toit» de l’expédition Nomad Maps immortalisé sur Mapillary, à 4200 mètres d’altitude.

Comme je l’avais annoncé lors de ma précédente newsletter, je me suis rendu lors de la dernière semaine de septembre à Buenos Aires, en Argentine, afin de participer au State Of The Map Latam 2018, les rencontres annuelles latino américaines d’OpenStreetMap. Je développerai davantage les projets rencontrés lors de ce bel événement lors de la prochaine newsletter, une fois rentré en France !

Dans quinze jours sera venu le moment pour moi de rentrer en France, déjà. Je vais terminer ces deux dernières semaines de voyage par du tourisme en famille. Mes parents sont en effet venus me rejoindre à Lima à la toute fin du mois de septembre et j’écris maintenant ces lignes depuis la renommée Cuzco, en pleine vallée sacrée Inca. Un endroit unique pour méditer et profiter des derniers jours de cette exceptionnelle aventure.

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2 commentaires sur “Newsletter #5 : Pérou, dernière étape!

  1. Alban, fue un verdadero gusto conocerte al inicio de tu peregrinaje ciclístico por estas montañas Andinas. Eso me permitió hacer seguimiento desde el comienzo de tu hazaña.
    Espero podamos seguir avanzando contigo la cartografía participativa de la localidad de Los Mártires en Bogotá.
    Te abrazo con admiración y cariño,
    Maria

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