Newsletter #2 : Adios Colombia!

“Adios Colombia, Hola Ecuador! ». Deux mois que l’expédition Nomad Maps a débuté et me voilà actuellement à quelques dizaines de kilomètres de l’Equateur. La fin du premier chapitre du voyage est sur le point de se clôturer, le temps pour moi de rédiger cette deuxième newsletter qui va être très dense en contenu, à l’image de cet extraordinaire et palpitant mois de juin que je viens de vivre!

 

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« La poderosa » surplombant la vallée de Cocora, Salento.

Un bon millier de kilomètres supplémentaires ont été parcourus ce dernier mois, portant le total à 2148 kilomètres et un dénivelé positif accumulé supérieur à 38 000 mètres!

Le cap était clair en ce mois de juin : reprendre plein Sud pour atteindre l’Equateur début juillet. Pour cela, il m’a fallu traverser la Cordillère Centrale par le mythique Alto de Letras (3700 mètres d’altitude, 80 kilomètres d’ascension) afin de rejoindre « l’axe du café », un corridor s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres, de Medellin à Armenia. Cette belle région de vertes collines est surplombée d’une des chaînes de volcans les plus actifs d’Amérique du Sud, dont le célèbre Nevado del Ruiz (5230m), qui en 1995 lors de sa dernière éruption a causé la mort de plus de 25 000 personnes à Armero, le convertissant comme un des volcans les plus meurtrier de la planète. Pédaler dans ce décor impose le respect et rappelle la superpuissance de la nature, la pachamama, face à nous, humble humain. J’ai notamment pu en faire l’expérience lors des étapes du 12 et 13 juin dernier (voir traces gps sur www.nomadmaps.net) où j’ai été dans l’obligation de rebrousser chemin suite à un glissement de terrain bloquant ma route. Manque de chance, il s’agissait d’une des étapes les plus durs que j’ai eu à faire avec l’ascension d’un col à 3200 mètres d’altitude non goudronné . Mais ces événements là écrivent l’Histoire du voyage et rendent d’autant plus palpitante l’aventure, me permettant ainsi de rencontrer dans cet endroit reculé un couple de cyclovoyageur anglais en pleine lune de miel… de deux ans, à faire le tour de notre bonne vieille planète!

 

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Descente dans la vallée de Toche, de superbes paysages avec la présence de la « palma de cera », plus grand palmier du monde en emblème de la Colombie. Photo prise avant de devoir faire demi tour pour cause de glissement de terrain…

La suite fut une descente progressive en altitude , où la culture du café a laissé place aux plantations géantes de canne à sucre dans la vallée du Cauca, vallée coincée entre les cordillères centrales et occidentales, débouchant sur la belle ville de Santiago de Cali. Après quelques jours de repos dans le berceau de la salsa, j’ai pu reprendre la route et rejoindre la ville de Pasto, capitale de Narino, dernière grande ville Colombienne avant l’Equateur, ville où je suis actuellement en train de rédiger ces lignes.

 

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Dans la vallée de Patia, à faible altitude (600mètres), la température monte très vite dans cette vallée semi désertique avant d’arriver à Pasto.

Et outre la géographie de ce trajet, ce sont les multiples rencontres qui ont marqué ce mois. Des rencontres formidables, prévues ou fortuites, en relation avec le projet ou pas, ces rencontres sont celles qui font mentir le fait que cette aventure est « en solitaire ». Les rencontres liées à OpenStreetMap en font partie et ont donné lieu à de superbes échanges et je vais tenter de résumer leurs actions dans ces quelques lignes:

 

A Ulloa, région de la Valle del Cauca, un petit village caché au milieu des plantations de café et des forêts de « Guadua » (bambou colombien), j’ai eu la chance d’être reçu le temps d’un long week end par 4 membres d’OpenStreetMap, qui forment à eux quatre le centre névralgique des activités Colombiennes d’OSM, voire même de certaines activités latino américaines:

 

*Fredy Rivera (Humano sur OSM), président et fondateur de la Fondation OpenStreetMap Colombia.

La Fondation Open Street Map Colombia est l’entité légale représentant la communauté OSM de Colombia. Freddy a fondé cette fondation il y’a deux ans afin d’organiser la communauté OSM et surtout de pouvoir réaliser des projets davantage coordonnés et éventuellement financés. Un des projets phares de la fondation est la UMH « Unidad de Mapeo Humanitario » (Unité de Cartographie Humanitaire), afin de faire de la cartographie de gestion des risques. L’année passée lors du désastre de Mocoa dans la province du Putumayo dans le Sud du pays, une inondation qui a ravagé un quartier entier de la ville, la UMH s’est déployée sur le terrain, en compagnie de l’armée et des secours afin de prendre des vues aériennes grâce à leur drone et ainsi cartographier l’étendue des dégâts. En parallèle, la communauté OSM s’est activée pour cartographier la situation « pré desastre » grâce à des images aériennes plus anciennes.

Plus d’infos (en espagnol): https://fosm.openstreetmap.co/Ie7e7618ef80a8bd00ba8d3a8fd78bbd1

 

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Fredy Rivera avec la casquette de la UMH (Unidad de Mapeo Humanitario), collaborant directement avec l’armée colombienne lors du désastre de Mocoa.

Actuellement, la Fondation et la communauté continuent à travailler activement pour réaliser une cartographie « pré désastre » la plus complète possible pour le risque de rupture de barrage d’Hidroituango dont je vous ai parlé lors de la newsletter précédente.

Plus d’infos (en espagnol) : https://fosm.openstreetmap.co/I0ce2f78c938491ec2833b531f65e7d61

*Janneth Ureste, compagne de Fredy est également membre de la Fondation OSM Colombia et s’occupe de toute la logistique des projets de la fondation, notamment lors des expéditions de la UMH sur le terrain. Ce couple d’aventuriers des temps modernes, ne sort jamais sur le terrain sans « The Mapper », un vieux land rover du début des années 70 qui fait partie intégrante de l’équipe de choc.

 

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Janneth Urreste, Fredy Rivera, Alpha (le malinois) et « The mapper » , le land rover.

 

*Fernando Castro (Kleper), activiste dans le monde des logiciels libres depuis une quinzaine d’année et (hyper)actif sur OSM depuis 2014, Fernando est la véritable « tour de contrôle » de la communauté OpenStreetMap de Colombie, voire même de la communauté latino américaine. En effet, depuis ses 3 écrans dans sa charmante « finca » d’Ulloa, il gère les serveurs de tâches OSM latino américaines comme la gestion de la cartographie de la zone avale ce fameux barrage d’Hidroituango. De plus, il administre la plateforme Tupale, une plateforme online communautaire et participative qui permet à des projets latino américain de pouvoir utiliser une infrastructure informatique de qualité et prête à l’emploi pour communiquer sur leurs projets. Le site de la fondation OSM Colombia utilise notamment cette plateforme, tout comme les organisateurs des « State Of The Map LatAm », les rencontres annuelles d’OpenStreetMap d’amérique latine. Nomad Maps va également utiliser cette plateforme afin de répertorier tous les contacts faits leur de cette expédition (en construction).

Plus d’infos sur Tupale: https://tupale.co/

*Juliana Hernandez, membre, elle aussi, de la fondation, est davantage orientée vers la transmission, la communication et la pédagogie autour des outils OpenStreetMap. Elle concentre en priorité son travail sur les communautés des zones rurales et les communautés indigènes avec des projets appelés « Maperos campesinos » et « Maperos indigenas« . Pour cela, elle a mis en place une méthodologie très intéressante et ludique appelée « PIONERXS » (pionniers) avec Fernando Castro afin d’initier aux technologies de l’informations et de communications, en particulier la cartographie sur OSM, ces communautés faiblement « connectées » et encore peu familières aux outils numériques. L’apprenti reçoit ainsi au début de la formation un passeport « pionerxs » vierge qu’il rempli au fur et à mesure de tampons correspondant aux éléments assimilés pour cartographier sur OSM. Elle entend ainsi, à l’aide de cette méthode et par le développement d’une communauté de cartographes indigènes et ruraux, leur donner un outil supplémentaire qu’est la carte, afin de faire entendre leur voix et faire valoir leurs droits.

Plus d’informations (en espagnol):

Méthologie Pionerxs: https://fosm.openstreetmap.co/I13e00b253e58ecc587daa6134cfb7934

Dernière expérience avec les communautés indigènes (en espagnol): https://fosm.openstreetmap.co/Ie774b70ed48054130665080e2fc400ab

 

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L’équipe OSM d’Ulloa avec, de gauche à droite: Amor (ami en visite également), Juliana, Fernando, Janeth, Fredy et moi même.

à Cali:

Andres Carlos Rio Franco et Pierre Van Male, sont tous deux membres de la comunauté OSM de Cali. Ils ne sont pas intégrés à de projets particuliers mais ils représentent les 98% des mappers d’OSM, c’est à dire qu’ils cartographient dans le cadre leurs loisirs suivant leurs affinités et comme souvent, et c’est également une chose importante, ils tentent d’intégrer la culture OpenStreetMap et du monde des logiciels libres dans leur lieu de travail.

Pierre, expatrié belge, travaillant au bureau du CICR de Cali (Comité International de la Croix Rouge) m’a également permis de faire une intervention dans le lycée français de la ville devant des classes de collège. Une nouvelle expérience de transmission avec les plus jeunes très intéressante! Merci à Pierre également pour m’avoir hébergé toute cette semaine!

 

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Intervention devant une classe de 6ème du lycée français de Cali pendant le match Colombie / Japon de la coupe du monde, difficile de tenir leur attention à 100%!

A Popayan (Cauca):

Carlos Felipe Castillo, membre de la Communauté OSM Colombia et coordinateur OSM du réseau Kitum. Kitum est une plateforme présente sur la toile qui met en réseau les différentes communautés actives du monde numérique latino américain lors de désastres naturels. Que ce soit des journalistes, des illustrateurs, des personnes issus des logiciels libres ou des cartographes d’OSM, l’idée est de mettre en réseau toutes ces personnes dans le cas d’une crise humanitaire afin de divulguer l’information le plus rapidement possible. C’est par le biais du réseau Kitum, entre autre, que des appels à cartographes volontaires a été lancés lors de diverses crises humanitaires passées (Mocoa et Hidroituango pour la Colombie, séismes en Equateur et au Mexique l’année passée, etc.).

Carlos se distingue également pour avoir mis en place des projets de cartographie de villages de la côte pacifique colombienne. Les régions de la côte pacifique colombienne comptent parmis les plus pauvres du pays, ayant souffert d’une part de nombreux déplacements de personnes suite au conflit armé entre guerilleros et para militaires et d’autre part possédant une géographie complexifiant son développement: de hautes montagnes et une jungle luxuriante rendant inacessible par voie terrestre de nombreux villages. Grâce à son précédent emploi, et dans le cadre d’un programme de lutte contre la malaria, il a ainsi pu se rendre dans ces territoires reculés, cartographier, et surtout transmettre afin que les jeunes générations plus famillières avec les outils numériques continuent cette immense tâche qu’est de cartographier leur région.

Plus d”infos sur le travail de Carlos la côte pacifique (en espagnol) :https://fosm.openstreetmap.co/Ie8f9b1ee027fba939f903ecd431a905e

Le réseau kitum sur twitter: https://twitter.com/Kitum_sos

 

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Une des prises de vue Mapillary de Carlos Castillo dans le village de « El Cuerva », dans la région du Cauca, sur la côte pacifique.

Et enfin, il y’a également les rencontres faites au hasard du chemin, qui, par la magie de l’imprévu inhérent à tout voyage ont permis également une collaboration entre Nomad Maps et deux autres collectifs.

Le premier a été avec “Los Bicionarios”, un groupe de 4 colombiens qui parcourent l’Amérique latine à la recherche de personnes œuvrant pour un changement vers une société plus juste, plus solidaire et plus écologique. Nous avons travaillé ensemble sur Umap une demie journée pour qu’ils intègrent une carte sur leur site internet répertoriant ces “invisibles”. https://bicionarios.com/

La deuxième collaboration a été avec le collectif cycliste de Pasto “Enbiciclate” qui promeut l’usage du vélo en ville. Nous avons migré la carte de leur site internet qui était hébergé sur Google et l’avons passé à Umap. http://www.enbiciclate.co/

 

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Avec les « bicionarios », en pleine construction d’une carte Umap.

Pour ce qui est de la cartographie quotidienne j’ai trouvé mes marques lors de ce deuxième mois, ayant mieux cerné les besoins et nécessités: des écoles reculées non répertoriées, des hameaux entiers non existants, des chemins non cartographiés, le travail ne manque pas! Malheureusement, entre le temps passé sur le vélo, les rencontres et toutes les tâches liées au projet (réseau sociaux, recherche de contacts), le temps me manque pour pouvoir cartographier tout ce que je vois!  Sur Mapillary, j’ai suivi le rythme du premier mois avec 320 kms supplémentaires enregistrés et plus de 20 000 photos.

 

Mapillary-1530500812  Un cliché Mapillary, pris au hasard des 1000 kms de ce mois de juin.

 

Enfin, je voudrais terminer cette deuxième newsletter par un tout autre sujet, celui de la migration massive des vénézuéliens qui a lieu actuellement et que je peux constater tous les jours sur la route. En effet, ils sont des milliers à fuir tous les jours la grave crise humanitaire dont souffre leur pays depuis plusieurs mois. Que ce soit en bus pour les plus fortunés ou à pied et à vélo pour moins lotis, ils passent en Colombie pour ensuite continuer en Equateur puis au Pérou, à la recherche d’un travail, souvent sous payé, afin d’envoyer quelques « remesas » (rémitances), à leur famille restée au Vénézuela. Ce sont souvent des jeunes hommes, entre 18 et 40 ans que j’ai l’occasion de doubler ,quand ils sont à pied, ou d’accompagner à vélo sur quelques kilomètres le temps d’une montée, d’une pause ou même en partageant le logis le temps d’une nuit. Il est également du devoir d’un voyageur de parler de ces choses là à l’extérieur, et cette dure réalité fait prendre conscience que, quand certain, comme moi, décident de parcourir des milliers de kilomètres par choix, d’autres le font pour leur survie et à la recherche d’un avenir meilleur.

 

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Deux jours partagés avec Yoandris, Eliecer et Alejandro sur la route vers Pasto.

Le deuxième chapitre de Nomad Maps va s’ouvrir dans quelques jours en Equateur. Des premiers contacts ont été établis et j’espère que les rencontres seront aussi riches que celles que j’ai eu la chance de faire en Colombie et que j’ai eu la joie de partager avec vous!

Pour suivre le trajet et pour plus de photos : www.nomadmaps.net

 

Facebook :https://www.facebook.com/NomadMapsProject/ (pour les réfractaires, possibilité de voir les actualités sans avoir de compte facebook!)

 

Instagram: https://www.instagram.com/nomadmapsproject/

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